Serge Gainsbourg : le provocateur génial
Ce samedi 2 mars 1991, la cinquième crise cardiaque deLucien Gainsbourg lui fut fatale.
Serge Gainsbourg de son nom de scène, disparaissait à l’aube de ses 63 ans. Il repose auprès de ses parents – immigrés russes - au cimetière du Montparnasse.
Avec lui s’en allait probablement - et je pèse mes mots – l’un des génies de la musique contemporaine, l’un de ses créateurs d’exception comme on n’en rencontre que rarement. Si un magazine consacré à la chanson vient justement de prendre comme titre « Serge », cela rappelle bien que Serge Gainsbourg est devenu incontournable dans le paysage musical français.
Un soir de décembre 1986, lors d’un « Apostrophe », la célèbre émission de Bernard Pivot, consacrée à la chanson française, Guy Béart fut interpellé par en retentissant « [la chanson] est un art mineur puisque ne demandant pas d’initiation, contrairement à la peinture ».
Avec Serge Gainsbourg, qui a toujours regretté de ne pouvoir vivre de la peinture, la chanson a pourtant atteint des sommets encore inégalés.
En une courte vie, Serge Gainsbourg a abordé tous les genres musicaux, a composé pour ses muses, les plus belles mélodies, a été un provocateur secouant les convenances, a tutoyé avec talent nombre d’arts.
« L’Homme à la Tête de Choux », le laid, le timide né en 1928 et naturalisé français en 1932 fut obligé de porter « l’ Etoile de Shérif » lui qui avait vu le jour « sous une bonne étoile…jaune ». Il se vit retirer cette nationalité en 1940 par le Régime de Vichy car sa famille et lui-même étaient des « israélites ne présentant aucun intérêt national ».
A l’heure d’un pseudo-débat sur l’identité nationale et la déchéance de la nationalité française qui est de nouveau d’actualité, restons vigilants car l’injustice et les pensées les plus déviantes ne sont pas loin.
Sa contribution musicale :
De le culture musicale classique - qui transparait dans ses compositions musicales harmoniques, avec de nombreuses influences de Chopin et Dvorak notamment (Initial B.B. – Lemon incest) - à la chanson française traditionnelle de haute qualité, Serge Gainsbourg aimait trousser tous les mots, les notes en un patchwork multicolore représentant tous les genres musicaux.
Cet ex-pianiste de bar a abordé le jazz avec succès (Gainsbourg Confidential) , avant de déflorer le rock alternatif (Histoire de Melody Nelson, l’un des premier album concept d’opéra rock considéré par la critique internationale comme faisant partie de l’un des 100 meilleurs albums de tous les temps).
La résonnance afro-cubaine (couleur café), puis le rap (You’re Under arrest) on été là aussi approchés avant qu’il accoste sur les rives du reggae (Aux armes et cetera – Mauvaises nouvelles des étoiles).
Ses muses :
Ses muses
Ses provocations :
Ses provocations
Autres formes de cultures :
Serge Gainsbourg était un peinte de talent et ses œuvres commencent à être exposées depuis 2005.
Il a composé 50 musiques de films.
Il a été acteur dans 32 longs métrages allant du péplum au film ésotérique.
Il a réalisé 5 films et 10 clips musicaux.
Récompenses :
Grand prix de l’Académie Charles Cros 1959.
Concours Eurovision de la chanson 1965 pour « Poupée de cire, poupée de son ».
Victoire de la Musique 1990 couronnant l’ensemble de son œuvre.
César de la meilleur musique de fil 1996 à titre posthume pour « Elisa ».
Un film lui a été consacrée en 2010 « Gainsbourg, vie héroïque » . Biopic de Joann Sfarr avec un Eric Elmosnino stupéfiant dans le rôle titre.
Que reste t’il de Serge Gainsbourg ? Tout !
Rien dans son œuvre n’est à jeter. Vingt ans après la disparition de ce personnage ambivalent tout est à conserver. Il a porté l’art de la chanson française au firmament. Ses chansons sont reprises au travers le monde souvent par des chanteurs qui étaient minos au moment de sa disparition. Ces hommages des jeunes générations témoignent de la vivacité de ses œuvres dans notre mémoire collective.
BONUS *
Serge Gainsbourg :(biographie – discographie – Filmographie – Paroles de chanson et bien d’autres choses) : ICI
Citations de Serge Gainsbourg : ICI
Toutes ses œuvres méritent évidemment d’être retenues. J’ai conservé « Requiem pour un con » qui est la bande originale du film « Le Pacha » de Georges Lautner avec Jean Gabin – 1968.
Selon les musicologues avertis, cette chanson de 3 :05 au rythme saccadé et endémique car pratiquement parlé serait en fait la préfiguration du rap.

